Anthropologie

Une caractéristique unique du projet BANTURIVERS est l’inclusion d’anthropologie en recherches historiques. BANTURIVERS investit dans la contextualisation des preuves contemporaines afin de faire des meilleures extrapolations dans le passé. Les anthropologues décrivent deux communautés de pêcheurs, leur organisation d’activités de subsistance, les réseaux de commerce et la conceptualisation de la vie riveraine.

Même si BANTURIVERS étudie le passé précolonial, le projet est monté sur des données situées au présent, ou en tout cas, aux deux derniers siècles. Ceci est surtout vrai pour le volet linguistique du projet, avec de la documentation qui ne date pas d’avant la fin du 19ème siècle, mais aussi pour les recherches archéologiques, par exemple l’étude des traditions de poterie actuelles. Si des langues et de la culture matérielle récentes forment la base des recherches historiques, il semble évident que le contexte ethnographique dans lequel ils sont situés devrait être bien documenté et analysé. Au lieu de compter sur la littérature ethnographique rare et dépassée, l’équipe BANTURIVERS inclut des anthropologues pour étudier la réalité contemporaine des thèmes de recherches du projet chez quelques communautés du Bassin Congo. Les anthropologues regardent les stratégies de subsistance et le rôle de la pêche, les systèmes d’échange et/ou de commerce, et la géographie des activités de subsistance dans les villages aux bords des rivières.

En termes de subsistance, la partie orientale du Bassin Congo est particulièrement intéressante parce que certaines communautés se sont spécialisées dans des stratégies de subsistance spécifiques et s’engagent dans le commerce entre spécialistes de différentes stratégies. Plusieurs cas de stratégies de subsistance complémentaires sont connus dans l’est de la forêt équatoriale de l’Afrique centrale. Les relations interdépendantes entre chasseurs-cueilleurs mbuti et les communautés voisines d’agriculteurs ont été décrites en particulier, surtout parce que ces relations sont également exprimées par les langues parlées par les communautés mbuti (cf. Terashima 1986, 1998). Hunt (1999:17,36) aborde un système d’échange entre pêcheurs lokele et spécialistes de forêt bambole qui était déjà en vigueur vers la fin du 19ème siècle. Ankei (1984) décrit un autre cas intéressant, dans lequel il devient évident que la spécialisation en certaines stratégies de subsistance n’est pas liée à l’identité ethnique, ni linguistique : durant les années 1970, aux bords du Lualaba, certaines gens s’identifiant comme « Songola », parlaient ou bien le songola ou bien le ombo, des langues appartenant aux différents sous-groupes bantu. La plupart pratiquaient de l’agriculture, mais un groupe était spécialisé à la pêche : les Enya, ou Songola-Enya, un nom rappelant les pêcheurs connus en aval du Lualaba. A nouveau, lesdites Enya parlaient ou bien songola ou ombo. Les Songola-Enya s’identifiaient donc avec deux différents groupes et certains parlaient une langue non liée à un des deux groupes mentionnés. Les anthropologues du projet BANTURIVERS décrivent des communautés spécialisées à la pêche aujourd’hui et leur intégration dans des réseaux de commerce régionaux.

Les recherches anthropologiques examinent également les aspects socioculturels de la vie aux bords des rivières, par exemple la gestion des terres par la communauté, les relations entre les peuples en aval et en amont, les relations avec l’arrière-pays, entre pêcheurs, agriculteurs sur brûlis et chasseurs-cueilleurs, les esclaves et l’ivoire (cf. Harms 1981), et les entités spirituelles et les pouvoirs liés aux rivières.

 Du terrain anthropologique est envisagé pour au moins deux communautés de pêcheurs habitant des parties différentes du Bassin Congo oriental. Leurs stratégies pour exploiter les ressources aquatiques seront comparées, tout comme leur gestion des terres spécifique, leurs réseaux de commerce et leur monde spirituel et symbolique lié aux rivières.

Références

Ankei, Yuji. 1984. Fish as “primitive money”: Barter markets of the Songola. Senri Ethnological Studies 15. pp. 1–68.

Harms, Robert W. 1981. River of wealth, river of sorrow. The central Zaire basin in the era of the slave and ivory trade, 1500-1891.  New Haven and London: Yale University Press.

Hunt, Nancy Rose. 1999. A Colonial Lexicon. Of Birth Ritual, Medicalization, and Mobility in the Congo. Durham: Duke University Press.

Terashima, H. 1986. Economic exchange and the symbiotic relationship between the Mbuti (Efe) Pygmies and the neighboring farmers. Sprache und Geschichte in Afrika, 7(1), 391–405.

― 1998. Honey and holidays: The interactions mediated by honey between the Efe hunter-gatherers and the Lese farmers in the Ituri forest. African Study Monographs Supplementary Issue, 25: 123–134.